• Des Mots.

    Simplement parce que quelques mots, tracés de la main d'un autre, peuvent parfois permettre d'y voir plus clair en soi...



     

    Des Mots.

    ( A Liloo.)



    Jeudi 24 Août 2006 - Sur le pavé mouillé de pluie, un morceau de papier.


    "Là...

    Lasse.

    Je l'ai laissée... elle s'est lassée.

    De moi.

    De moi, je vais partir.

    Tout quitter, flanquer en l'air cette fichue vie.

    Envoler au loin mes envies, noyer mon chagrin là, au coeur du fleuve.

    Avec lui nous noyer toutes deux, souvenirs abîmés, délavés...Effacés, enfin, peut-être.

    Elle était pourtant si belle... Oui, elle était pourtant celle... Elle.

    Je l'aime."


    ***


    Jeudi 24 Août 2006.

    Extrait du Journal du matin.


    "On a retrouvé ce matin, échoué sur les bords de Seine, le corps inerte d'une jeune femme pour le moment encore non-identifié.

    Les forces de police approuvent la thèse du suicide."




    ***



    Jeudi 24 Août 2006 - 7h15 -

    Journal d' Etienne Manray.


    Je l'ai regardée.

    J'ai eu peur, et j'ai eu mal, à la voir là, flotter ainsi sur les eaux sales de Rouen.

    Son visage embrassait la surface du fleuve et ses longs cheveux roux ondoyaient tout autour.

    Elle avait pour unique linceul un grand manteau noir que le vent faisait gonfler telle une voile qui claque sur la mer, et déjà elle semblait voyager, loin de ce monde sans sens qu'elle avait vraisemblablement voulu quitter.

    Il faisait noir encore, il devait être à peine 5 heures du matin et j'étais là, funeste promeneur et seul spectateur d'une vie qui prend fin.

    Je me suis détesté un instant, j'ai à peine hésité, mais devant cette froide et morbide beauté je n'ai pu m'empêcher...

    Il me fallait immortaliser cette nymphe abandonnée aux eaux froides dans la pâleur de cette nuit d'été.

    La main tremblante, j'ai appuyé sur le déclencheur.

    Les indiens croyaient qu'en se laissant photographier, leur âme serait alors aspirée...

    Je ne sais si j'ai volé la sienne, mais elle était perdue pour tous, alors... Voilà.

    Je serais à jamais son gardien, et je lui rend hommage, mais peut-être qu'au seuil de la mort, j'aurais des comptes à rendre.

    Qui sait?



    ***



    Vendredi 25 Août 2006 - 1h07 - Une âme Errante.


    Les larmes m'aveuglent, je me laisse choir au sol, à même le pavé.

    Peu m'importe la pluie, peu m'importent les flaques.

    Si j'ai la force encore, je pousserais jusqu'au fleuve...

    Je n'en suis plus très loin, mais mes jambes refusent de me soutenir plus longtemps.

    N'ai-je pas même le droit de me jeter à l'eau?

    Elle me manque, même si rien en moi n'accepte de le laisser paraître.

    J'ai eu beau lutter... On avait beau s'aimer... Je suis partie, je l'ai laissée.

    Aujourd'hui je n'en peux plus de cette vie qui semble me fuir si inlassablement , de ces bonheurs éphémères qui s'envolent au gré du vent.

    De quel droit?


    Là.

    Mon regard est soudain happé par un morceau de papier, dégoulinant, abandonné seul comme moi aux larmes du ciel.

    De la main, je l'effleure, lentement.

    La pluie laisse entrevoir l'encre qui perce à présent les deux faces de cette page arrachée à un carnet anonyme, écrite par une main anonyme.

    Doucement, je la ramasse.

    Les caractères, tracés sous l'impulsion d'un sentiment violent, à présent délavés, ne sont pourtant pas encore illisibles.

    Je m'y accroche, j'y fixe mes prunelles, mon attention, ce qu'il me reste de lucidité...

    Mon coeur bat plus fort, à chaque mot.


    "Là...

    Lasse.

    Je l'ai laissée... elle s'est lassée.

    De moi.

    De moi, je vais partir.

    Tout quitter, flanquer en l'air cette fichue vie.

    Envoler au loin mes envies, noyer mon chagrin là, au coeur du fleuve.

    Avec lui nous noyer toutes deux, souvenirs abîmés, délavés...Effacés, enfin, peut-être.

    Elle était pourtant si belle... Oui, elle était pourtant celle... Elle.

    Je l'aime."


    Mes yeux s'emplissent encore d'un feu salé.

    Mon coeur fait des bonds, martèle ma poitrine, se fissure de douleur...

    Ma main se crispe sur la feuille et je sens la pluie me glacer le corps.

    Demain...

    Demain, le fleuve sera loin...

    Demain, j'irai à sa porte...

    Je lui dirai combien... la vie est magnifique...

    Combien elle l'éblouit!

    Je lui dirai...oh...je lui dirai... combien elle est jolie...

    Combien... Je l'aime!



    ***



    Au-delà du temps - Au-delà de l'espace -


    Je souris.

    Ainsi, quelques lettres tracées...

    peuvent apaiser bien des maux. 




    *** 





    Lili-A. ©


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